Un hall de piscine couverte cumule ce qui coûte le plus cher en chauffage : un grand volume, une température d’air maintenue au-dessus de celle de l’eau, et une humidité qu’il faut extraire en permanence. La stratification y est réelle, mais la destratification ne s’y traite pas comme dans un gymnase : elle doit s’articuler avec la déshumidification existante, et le matériel doit résister à une atmosphère chlorée. Cette page détaille les contraintes propres au bassin couvert et le financement par la fiche BAT-TH-142.

Pourquoi la stratification coûte cher en piscine couverte

Le hall d’un bassin couvert se chauffe à une température d’air maintenue 1 à 2 °C au-dessus de celle de l’eau, précisément pour limiter l’évaporation. Cette consigne, tenue toute l’année, s’applique à un volume souvent supérieur à 5 mètres sous plafond. L’air chaud et chargé d’humidité monte, s’accumule sous la charpente, et n’est plus disponible là où se trouvent baigneurs et personnel.

Le résultat est double. La centrale de traitement d’air compense en permanence une chaleur déjà présente dans le bâtiment. Et la vapeur concentrée en partie haute condense sur les surfaces froides : sous-face de toiture, menuiseries, structures métalliques. La stratification n’est donc pas seulement un poste de dépense, c’est aussi un facteur de dégradation du bâti.

Schéma de la stratification thermique dans un volume de grande hauteur

Un bâtiment sportif au sens du barème CEE

Le barème de la fiche BAT-TH-142 réserve ses forfaits les plus élevés aux bâtiments dédiés aux activités sportives. Une piscine municipale couverte entre dans cette famille, au même titre qu’un gymnase, à condition de remplir les conditions générales : bâtiment tertiaire existant, hauteur d’au moins 5 mètres, chauffage convectif ou radiatif.

Les contraintes propres au bassin couvert

Quatre contraintes distinguent une piscine d’un gymnase de même volume. Les ignorer conduit soit à un équipement qui se dégrade en deux hivers, soit à un système qui contrarie la déshumidification.

  • Atmosphère chlorée. Les chloramines volatiles se concentrent dans l’air du hall et attaquent les parties métalliques. Le matériel doit être traité en conséquence : visserie inox, carter protégé, moteur adapté.
  • Humidité permanente. L’hygrométrie visée se situe généralement entre 60 et 70 %. Tout équipement installé en partie haute travaille en continu dans cet environnement.
  • Interaction avec la centrale de traitement d’air. Le hall dispose déjà d’un système qui souffle, reprend et déshumidifie. Un destratificateur mal réglé peut court-circuiter ces flux.
  • Confort des baigneurs. Un courant d’air perceptible sur des personnes mouillées est immédiatement mal vécu. La vitesse d’air au sol devient ici un critère de confort autant qu’une condition réglementaire.

La vitesse d’air, critère décisif

La fiche tertiaire impose déjà une vitesse comprise entre 0,1 et 0,3 m/s mesurée au sol en écoulement vertical. Dans un hall de bassin, viser le bas de cette plage est un choix de confort. Il s’agit de remettre la chaleur en mouvement, pas de créer une brise sur des corps mouillés.

S’articuler avec la déshumidification existante

C’est le point technique central, et celui que la plupart des projets traitent mal. La destratification et la déshumidification poursuivent deux objectifs différents dans le même volume.

Rôles respectifs de la déshumidification et de la destratification en piscine couverte
FonctionCentrale de traitement d’airDestratificateur
ObjectifExtraire la vapeur, renouveler l’air, tenir l’hygrométrie.Redescendre la chaleur accumulée sous la charpente.
Effet sur la consigneMaintient la température d’air au-dessus de celle de l’eau.Permet d’atteindre cette consigne avec moins d’apport neuf.
Risque en cas de mauvais réglageSur-ventilation et pertes thermiques.Court-circuit des flux de reprise, condensation déplacée.

Le pilotage des deux systèmes doit être coordonné. La fiche CEE impose de toute façon un asservissement du destratificateur à une sonde de température placée entre l’appareil et le plafond.

Trois règles de réglage

  1. Ne pas souffler vers les bouches de reprise de la centrale, sous peine de fausser sa mesure d’hygrométrie.
  2. Traiter en priorité les zones froides repérées à la thermographie : sous-face de toiture, angles, grandes surfaces vitrées.
  3. Caler les seuils de déclenchement sur l’écart réel entre la partie haute et le niveau des bassins, relevé un jour de fonctionnement normal.
Recevoir mon devis à 0 €

Financement : ce que couvre la fiche BAT-TH-142

Le montant de certificats se calcule pour l’ensemble du local chauffé, à partir de la zone climatique, de la hauteur du hall et de la puissance nominale du système de chauffage. Le barème sportif est le plus favorable des quatre familles d’usage prévues par la fiche.

Trois conditions commandent le dossier, les mêmes que partout ailleurs. Une hauteur d’au moins 5 mètres. Une note de dimensionnement rédigée avant les travaux. Une offre de prime datée avant la signature du devis. Ce dernier point vaut particulièrement en commande publique, où le calendrier de la consultation doit intégrer l’offre CEE en amont.

Le cas des centres aquatiques municipaux

Un centre aquatique juxtapose souvent plusieurs volumes : bassin sportif, bassin ludique, espace détente, vestiaires. Chacun a sa hauteur, sa consigne et parfois son traitement d’air. La note de dimensionnement doit les distinguer, sans quoi le nombre d’appareils sera juste en moyenne et faux dans chaque zone. Pour un équipement sportif classique, voir notre page sports et loisirs.

Sources officielles

Marché public : intégrer les CEE au bon moment

Pour une collectivité, la difficulté n’est pas technique mais calendaire. L’offre de prime doit précéder l’engagement de l’opération, c’est-à-dire l’acceptation du devis ou la notification du marché. Une consultation lancée sans avoir sécurisé ce point fait perdre le financement, quel que soit le sérieux des travaux.

  • Identifier l’obligé ou le délégataire avant la publication de la consultation.
  • Faire figurer la note de dimensionnement parmi les pièces attendues des candidats.
  • Prévoir dans le cahier des charges les mentions que devra porter la facture : nombre d’appareils, asservissement, orientation du flux, vitesse au sol, niveau de bruit au sol.
  • Anticiper l’archivage des pièces, un contrôle a posteriori restant possible.

Les autres bâtiments communaux relèvent de la même logique : voir nos pages mairies et établissements scolaires.

Recevoir mon devis à 0 €

FAQ – Destratificateur pour piscine couverte

Pas s’il est réglé pour ne pas souffler vers les bouches de reprise de la centrale de traitement d’air. Les deux systèmes se complètent : l’un extrait la vapeur, l’autre remet la chaleur en mouvement.

Visserie et fixations inox, carter protégé, moteur adapté à une hygrométrie élevée. Les chloramines volatiles attaquent les parties métalliques exposées en continu.

Oui, sous les conditions générales de la fiche BAT-TH-142 : bâtiment tertiaire existant, hauteur d’au moins 5 mètres, chauffage convectif ou radiatif. Le barème applicable est celui des bâtiments sportifs.

La fiche plafonne la vitesse d’air à 0,3 m/s au sol. En piscine, viser le bas de la plage réglementaire, autour de 0,1 à 0,15 m/s, évite toute sensation de brise sur des corps mouillés.

Rarement. Leur hauteur est généralement inférieure à 5 mètres, ce qui les exclut du champ de la fiche. Le calcul porte sur le volume du hall de bassin.

Cela dépend du volume, pas de la surface. Le calcul part du volume chauffé, applique un taux de brassage puis divise par le débit unitaire de l’appareil retenu. Notre page dimensionnement détaille la méthode.

L’offre de prime doit être datée avant l’engagement de l’opération. Il faut donc identifier l’obligé ou le délégataire avant la publication de la consultation.

Elle limite la stagnation d’air chaud et humide sous la charpente, donc les points de condensation en partie haute. Elle ne remplace pas la déshumidification, qui reste le système chargé d’extraire la vapeur.

Benjamin Delahaye, auteur eco-cee
Auteur : Benjamin Delahaye

Ingénieur en efficacité énergétique et spécialiste du financement CEE, Benjamin Delahaye rédige pour ECO-CEE depuis 2022.